Il fut un temps où les souvenirs appartenaient seulement à ceux qui les vivaient.

Un anniversaire restait dans une cuisine.
Un coucher de soleil mourait dans des yeux fatigués.
Un repas faisait du bruit autour d’une table… pas dans une story.

Aujourd’hui, même le bonheur semble avoir besoin d’un public.

On ne voyage plus sans photographier.
On ne mange plus sans montrer.
On ne danse plus sans filmer.

Même l’amour ressemble parfois à une campagne de promotion.

Le plus étrange, c’est qu’on finit par regarder notre propre vie comme des spectateurs.

On interrompt un moment pour le capturer.
Puis on regarde l’écran pour vérifier si le moment était vraiment beau.

Comme si ressentir ne suffisait plus.
Il faut maintenant prouver.

Nous sommes devenus les archivistes obsessionnels de nos propres existences.

Des documentalistes du banal.
Des touristes dans notre propre vie.

Et peut-être que le vrai drame moderne est là :
à force de vouloir laisser une trace de chaque instant…
nous avons arrêté d’habiter l’instant lui-même.

Peut-être que les plus beaux moments sont justement ceux qui disparaissent sans témoin.


Ceux qui ne gagnent aucun “like”.
Ceux qui meurent en silence…
mais restent vivants longtemps dans le cœur.

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