Quand aimer devient une façon de souffrir.
Il y a quelque chose d’étrange dans notre manière d’aimer. Nous sommes parfois capables de supporter des choses que nous ne conseillerions jamais à quelqu’un que nous aimons.
Nous excusons les paroles blessantes, nous justifions les absences, nous apprenons à vivre avec les silences. Et surtout, nous attendons. Nous attendons que l’autre comprenne. Qu’il change. Qu’il réalise enfin ce que nous essayons de lui faire comprendre depuis des mois, parfois des années. Nous nous racontons que les choses finiront par s’arranger. Que notre patience portera ses fruits. Que notre amour, suffisamment grand, suffisamment sincère, réussira à transformer la situation. Comme si aimer quelqu’un nous donnait le pouvoir de le changer.
Et pendant que nous attendons, nous nous adaptons. Nous réduisons nos attentes, nous choisissons nos mots, nous taisons certaines déceptions pour éviter une nouvelle dispute. Petit à petit, nous finissons par considérer comme normal ce qui nous faisait souffrir au départ.
Le plus troublant, c’est que nous appelons parfois cela de l’amour. Nous avons grandi avec des histoires où l’amour est souvent présenté comme un combat, une succession d’obstacles à surmonter, de sacrifices à consentir.
On nous a presque convaincus que les grandes histoires d’amour sont nécessairement celles qui font le plus mal. Mais est-ce vraiment cela que nous voulons vivre ?
Le véritable amour n’est pas une absence de désaccords. Deux personnes peuvent se heurter, se décevoir, traverser des périodes difficiles. Aimer ne signifie pas vivre dans une harmonie permanente. Mais il existe une différence entre traverser une difficulté ensemble et passer sa vie à essayer de survivre à la personne avec laquelle on partage son quotidien.
L’amour devrait aussi être un endroit où l’on peut respirer. Où l’on n’a pas besoin de réclamer constamment de la considération. Où la tendresse ne devient pas une récompense et où le respect n’est pas négociable. Il devrait avoir quelque chose de simple. Pas nécessairement facile, mais simple dans ce qu’il nous permet d’être. Nous-mêmes.
Peut-être qu’il est temps de cesser de mesurer la profondeur de notre amour à la quantité de souffrances que nous sommes capables d’endurer. Car aimer quelqu’un est une belle chose. Mais se perdre pour être aimé est une tout autre histoire.
Et nous aussi, nous méritons un amour dans lequel nous n’avons pas constamment besoin de nous demander si nous sommes suffisamment aimables pour être bien traités. Parce qu’au fond, l’amour ne devrait jamais nous apprendre à supporter la douleur, mais nous rappeler que nous n’avons pas à la mériter.

Votre commentaire