
On se bat pour y être. On peaufine chaque virgule, on surveille la boîte aux lettres le mercredi matin avec le cœur qui bat… Tout ça pour quoi ? Pour finir étalé sur le plancher du salon parce qu’on a décidé de repeindre la cuisine en « gris nuage ».
C’est l’ironie suprême de la presse locale. On rêve de voir son nom imprimé en noir sur blanc, alors que pour la majorité des gens, le journal est l’outil de déménagement par excellence. Il protège la vaisselle de grand-mère, il absorbe les chocs des verres à vin, et il finit sa vie froissé en boule au fond d’un carton de souvenirs.
Parfois, je le croise dans les rues de Cornwall, trempé par la pluie, collé au trottoir comme une peau morte. On y voit encore un bout de titre, une promesse de nouvelle qui n’intéresse plus que le vent. Ce bout de papier, à la fois si utile pour ne rien salir et si inutile une fois lu, porte pourtant nos espoirs d’écrivains.
Pourtant, malgré les gouttes de peinture et le ruban adhésif, on continue d’écrire. Parce qu’au milieu de ces pages qui serviront à emballer vos bibelots, il y a peut-être une phrase, une seule, qui survivra au déménagement et qui restera gravée dans votre tête.
Écrire pour le papier, c’est accepter d’être utile… même si c’est seulement pour protéger votre tapis.
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